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Université Marien Ngouabi, amphis pleins à craquer : à qui la faute ?

Après le CHU, faudrait-il faire venir un autre canadien pour cette fois-ci redorer Marien Ngouabi ?

Il est désormais de notoriété que, dans la blogosphère au Congo, certains ont un recours légitime à la critique, aux mots pernicieux. Ils peuvent être économes avec la vérité, et larguer des messages brouillons, des approximations, des diffamations... Mais quand les autres, pour se défendre, rétorquent ou simplement donnent leur avis, ce sont des vendus. Nous refusons cette sélectivité, elle est scabreuse. Nous n’allons pas les copier.

A propos des blâmes qui ont fusé de toute part s’agissant des amphis pleins à craquer de l’université Marien Ngouabi, il faut dire la vérité aux gens qui nous suivent sur les réseaux sociaux, sans les mentir, sans les affoler non plus… Au grand dam de ceux qui préfèrent jeter le discrédit sur n’importe qui et n’importe comment sans rien comprendre de ce qui prévaut vraiment. Surement que réfléchir, analyser leur est trop difficile, mais passons…

28.509 admis au bac, rien que cette année

L’université publique se doit d’accueillir tous les titulaires du baccalauréat, quelle que soit leur filière d’origine. Et rien que cette année, saviez-vous combien il y a eu d’admis à cet examen d’Etat ? 28.509. Et nous parlons seulement de l’enseignement général. Bien évidemment que l’Etat n’a pas assez d’îlots, de facultés pour recevoir tous ces essaims d’étudiants. Alors il faille les accueillir tant bien que mal, parfois très mal, et nous le disons à notre corps défendant.

Quelques milliers d’entre eux devront se rabattre aux instituts privés d’enseignement supérieur, si eux-mêmes où leurs tuteurs disposent de quelque pécule. Mais les moyens financiers ne sont pas tout dans cette affaire. Ces étudiants pourront aussi préférer les établissements privés pour des raisons de filières, toutes les branches n’étant pas enseignées à Marien Ngouabi.

Quelques milliers d’étudiants encore vont devoir aller voir ailleurs, étudier à l’étranger pour être plus clair. Ceci par choix ou même par dépit, grâce au bénéfice d’une bourse, ou un investissement familial. Cet exode est quelque chose que tous les pays connaissent et il n’a pas que des mauvais côtés heureusement.

Le reste des étudiants (le plus grand lot), devra donc prendre la direction de Marien Ngouabi. Ils sont des milliers… Ajoutés à ceux qui y étaient déjà les années antérieures, évidemment que ça donne les amphis bondés qu’on a vus sur les images. (En France, selon une étude, le parcours des étudiants en premier cycle est en effet ponctué de réorientations et de redoublements qui viennent gonfler les bancs des facs. Seul un jeune sur deux passe directement en 2e année de licence, alors qu’un sur quatre redouble et un sur quatre se réoriente ou abandonne ses études supérieures).

L’idée ici n’est pas de défendre ce statu quo que d’aucuns qualifient même de précarité (nous savons très bien que c’est un sujet explosif). Mais il ne faut pas non plus conforter les gens dans leurs clichés. Il faut les déconstruire, car il est trop facile de manipuler les êtres quand on sort les choses de leur contexte. On doit donc à la vérité de dire au moins trois éléments :

Des amphis pleins à craquer même à la Sorbonne

Le Congo n’est pas le seul pays à avoir des amphis pleins à craquer. La France qu’on aime ériger en modèle connait aussi un tel phénomène malgré sa multitude d’universités, et il n’est pas nouveau. Il n’y a qu’à voir les images de la Sorbonne… Dans l’hexagone il y a eu cette année une augmentation de 1,5 % des nouveaux arrivants, mais cela fait trois ans que la démographie en fac est galopante. Résultat, les universités sont au bout du rouleau et le phénomène ne va pas aller en s’arrangeant.

Le savoir est une richesse et, pouvoir apprendre, aller dans une université, une chance que la plupart de nos parents n’avaient pas. Les jeunes l’ont compris, ils veulent un avenir et se ruent sur l’université. Et comme c’est la seule (publique) que nous ayons (en attendant que celle de Kintélé démarre tantôt), et que par ailleurs la démographie a explosé, et que les jeunes constituent près de 70% de la population congolaise, par conséquent il est normal de faire face à un tel afflux d’étudiants, de trouver des salles bondées dans ce cadre.

Des amphithéâtres + une nouvelle université

Doter un pays comme le Congo des infrastructures de base est une tâche herculéenne. Mais tant qu’à faire, le Président de la République, Chef de l’Etat, S.E.M Denis Sassou Nguesso qui n’a jamais rechigné devant le devoir qui est le sien, avait pris toute l’ampleur de ce problème et a libéralisé le domaine de l’enseignement supérieur il y a belle lurette. Il existe aujourd’hui des universités privées au Congo, appartenant à des promoteurs privés. Ceci, aussi pour désaturer les facultés publiques.

Ensuite, toujours dans le cadre de l’aboutissement de son plan pour l’enseignement supérieur, il y a peu le Chef de l’Etat a fait ériger des amphithéâtres flambant neufs pour Marien Ngouabi, notre premier alma mater… Et à présent, les travaux de l’université DSN ont été relancés malgré la crise. Début 2021, des centaines d’étudiants vont rejoindre ses pavillons pour y entamer leur cursus. En outre, le gouvernement congolais continue son effort de coopération avec les autres pays en allouant des bourses d’études tous les ans. Un peu plus de 250 médecins nous sont revenus de Cuba cette année grâce à ces liens fructueux.

S’inscrire à l’université n’est pas toujours de tout repos, ça ne l’a jamais été

Même dans des pays comme la France, s’inscrire à l’université publique, en année de licence est toujours une montagne à gravir. Des milliers, voire des millions d’étudiants se bousculent pour trouver une place, les administrations universitaires sont débordées, ploient sous les dossiers. Heureusement, les choses se sont considérablement améliorées depuis l’avènement d’internet, cette invention géniale.

Mais si l’université Marien Ngouabi éprouve des difficultés à organiser, gérer les inscriptions, et qu’il y a bousculade au moment de celles-ci, ce n’est surement pas le président de la république qui est responsable. Critiquons, oui mais quand c’est nécessaire et pour des raisons valables.

L’université est autonome et ne relève aucunement de la présidence de la république pour sa gestion. En plus, nous vivons à l’ère du numérique. Sous d’autres cieux, des systèmes ont été édifiés qui permettent aux aspirants étudiants de prendre rendez-vous d’avance sur internet, de remplir les formulaires d’inscription en ligne, et même de payer. Ce fait a l’avantage d’abattre les coûts, de pallier à la distance, d’insérer de la rapidité dans le traitement des dossiers… C’est aux dirigeants de l’université Marien Ngouabi d’instaurer ceci comme solutions, d’employer ces nouveaux procédés pour se mettre au diapason de l’époque, s’arrimer à l’ère du temps. On y combattra la saturation et l’université aura le temps de gérer tous les dossiers tranquillement.

C’est inconcevable qu’en 2020 l’université Marien Ngouabi manque d’un site internet qui donne pleinement aux étudiants la possibilité de consulter les dates d’examens par exemple, ou leurs résultats, les programmes, les dates et heures de cours, les formations, les conférences… Est-ce au Président de dire au recteur de cette université de mettre en place ce site ? Ou s’il existe, de le peaufiner ? Ces brillants universitaires, ces bacs + 19 qui officient à Marien Ngouabi n’ont-ils donc aucun génie créatif ? Encore qu’il ne s’agit même pas de créer mais juste de dupliquer ce qui se fait déjà ailleurs.

Le Chef de l’Etat devient un bouc émissaire

L’université doit avoir ce site web, et communiquer sur celui-ci toutes les informations y relatives, à savoir les règles d’admission, les programmes pour les futurs étudiants, les notes, les différents modules… Voyons, est-ce que ce ne sont pas les administrateurs de Marien Ngouabi qui sont en tort, qui sont incapables de bien manager ? Dans ce désordre, le Président de la République est juste un bouc émissaire, une cible trop facile à pointer.

Lorsque Yves Castanou restaure et modernise Congo Télécom, tout le monde applaudit, pas grand monde ne met au crédit du Président de la République ses victoires. Mais personne non plus, ne stipule que le Chef de l’Etat lui a interdit de bien faire. Pourquoi alors mettre les échecs du monde universitaire congolais sur le dos du père de la nation ? Il est temps que l’on apprenne à indexer les vrais responsables : les administrateurs, les recteurs de l’université qui échouent à tour de rôle à faire évoluer la maison, régler les problèmes dont elle regorge.

Pour avancer dans une nation juste, chacun doit faire le boulot qui est le sien. Et personne ne doit être accablé des torts qui appartiennent à quelqu’un d’autre. Avant de se porter candidat, le Chef de l’Etat propose un programme, un chemin, et une fois élu, il essaie de laisser une œuvre. Dans ce cadre-là, une des volontés obstinées de Denis Sassou Nguesso, Président du Congo à été de doter au plus vite le pays de la fibre optique. Les travaux ont été menés cahin-caha, à toute allure, mais il y est parvenu. Les résultats sont bel et bien là et cette fibre optique fonctionne merveilleusement bien. L’édifice a été livré. Mais si quelques couacs apparaissent, subsistent dans une quelconque localité du pays, doit-on dire que c’est du ressort des responsables désignés pour gérer cette technologie, ou bien du président qui lui a réalisé sa promesse ?

Comme a dit François Hollande une fois, « un président qui est président de tout, est en définitive président de rien. » Il faille donc savoir laisser la direction de certaines structures aux instances indépendantes. Le Chef de l’Etat chez nous se charge des grands dossiers, fixe les grandes orientations, propose un cap, impulse… Ainsi nous pouvons questionner comme l’ancien de Brazzaville qui a écrit Le PCT, faire la politique autrement : attendent-ils une recommandation du Chef de l’Etat pour appliquer une autre de recommandation du Chef de l’Etat ?

« Le danger, ce n’est que l’on ignore. C’est ce que l’on tient pour certain et qui ne l’est pas. » Mark Twain

La charge incombe aux dirigeants de l’université Marien Ngouabi d’être créatifs, inventifs, de se surpasser pour améliorer les conditions d’études dans leurs facultés. Il leur revient de donner à cet établissement une vision, une vocation, une mission, une identité, un statut, une réputation ou une bonne renommée, une portée… C’est à eux d’en faire un label de qualité. Qu’attendent-ils donc pour opérer la transformation ? L’université Marien Ngouabi en a les moyens. Elle possède un budget conséquent et l’Etat lui a laissé toute la latitude d’en user librement afin de mettre en œuvre des politiques estudiantines dignes de l’époque.

Malheureusement nombre d’incompétents dans ce pays se tournent les pouces, parce qu’ils ont intégré que les congolais n’ont pas pour habitude de chercher la vérité mais de s’arrêter sur les apparences, les anecdotes, le superfétatoire. Ce sont des imposteurs qui se permettent de ne pas travailler du tout, de commettre les pires fautes, ou de remettre aux calendes grecques les réformes les plus simples. Car de toutes les façons pensent-ils, cela sera reproché non à eux, mais mis sur le compte du Président de la République.

Nous avons une kyrielle de défis devant nous, mais aussi autant de possibilités. Internet, est un des outils pour créer des solutions nouvelles, rapides et innovantes. Si l’alma mater se retrouve dans cet état exsangue, ou passablement dégradé, ce n’est réellement pas de la faute du Président de la République, mais plutôt de la cohorte des chefs inutiles qui se cachent derrière son autorité pour commettre impunément des forfaits, profiter, se prélasser, ne pas s’acquitter de leur part ; et qui finissent par tout mettre sur son dos.

Nous avons quantité de lacunes à combler, des lagunes à traverser… Mais même quand nous avions tous ces paris, quand étions au plus mal de notre histoire, le désir et l’enthousiasme du Président pour guider son peuple vers un cap meilleur sont toujours restés intactes. Rien n’a jamais érodé sa détermination.

Le Chef de l’Etat est élu sur la base d’un programme. Il sied peut-être dorénavant de demander à ce que le recteur de Marien Ngouabi, les présidents de cette université, les doyens de ses différentes facs soient aussi nommés sur la base d’un projet. Ce qui à l’avenir permettra de les évaluer. Ou alors doit-on demander qu’on fasse comme pour le CHU. C’est-à-dire nous allouer un recteur, des doyens qu’on débaucherait depuis Montréal.




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